Compilant « très souvent » deux journées en une : entre les consultations dans son cabinet de kinésithérapeute ostéopathe et la campagne des municipales, il lui reste très peu de temps à consacrer à sa femme et à leurs six enfants. « Jean-Marc Ayrault et Sophie Jozan ont de véritables armées à leur disposition, insiste-t-il. Au MoDem, nous faisons la campagne en plus de notre boulot... Nous n'avons pas les moyens de nous payer une agence de com'pour écrire et imprimer notre programme. »
« Il y aura un second tour »
Ce matin-là, avec Benoît Blineau, ils sont six militants du MoDem à braver les caprices de Dame Météo. Facilement reconnaissables avec leur fameuse écharpe orange nouée autour du cou. « Le symbole de la révolution pacifique en Ukraine, sourit l'un d'entre eux. A notre tour de la faire à Nantes. »
« Duchesse Anne » : l'endroit est stratégique. A la croisée du tram et du busway. Des centaines de personnes y passent chaque matin. Idéal pour « tracter ». Pour cette dernière semaine de campagne, Blineau et ses colistiers ne se ménagent pas : ils écument les marchés, sillonnent les quartiers en camping-car, organisent des soirées débat, distribuent clémentines et ballons orange... Le récent sondage Ipsos paru dans 20 minutes qui ne leur attribue que 9 % des voix, n'a pas modéré leur ardeur, bien au contraire. « Il y aura un second tour et nous y serons, martèle Benoît Blineau. Pas question de se désister pour qui que ce soit... »
Une rame déverse son lot de voyageurs, encore engourdis par la nuit. Machinalement, ils se saisissent des journaux gratuits que leur tendent deux charmantes jeunes filles. Le programme du MoDem, lui, a nettement moins de succès. Refus polis. Sourires compatissants. Beaucoup de dépliants disparaissent au fond des sacs sans même un coup d'oeil. Les militants n'insistent pas.
Quelques encouragements fusent toutefois. « Je vous ai vu à la télé. Vous êtes contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes... C'est bien. » Quelques minutes plus tard, c'est une étudiante qui murmure à sa copine : « C'est Blineau. L'homme du téléphérique. Il veut en construire un de la butte Sainte-Anne à l'Ile de Nantes. »
« Meilleur ennemi »
Né en 1962, Benoît Blineau a grandi à Nantes. Dix ans d'Externat des enfants nantais. Un diplôme d'État de kinésithérapeute. L'ouverture d'un cabinet qui devient vite réputé : la voie royale pour ce grand sportif assez timide, porté par ses idées plus que par son ambition. Et qui puise son inspiration dans son mode de vie et « non dans le dogmatisme des partis ».
Benoît Blineau s'intéresse très jeune à la politique. Il se forge un idéal en observant ses illustres aînés, dont il revendique la filiation : Raymond Barre. Giscard pour qui il collait des affiches dès 14 ans. Michel Crépeau, l'ancien maire rad'soc'de La Rochelle, « le premier à mettre des vélos en location dans sa ville ». Balladur. Harousseau, dont il sera le colistier lors des municipales de 2001. Et puis François Bayrou qu'il a soutenu lors de la dernière présidentielle.
Le « tractage » est désormais terminé. Petite pause dans un bistrot de la rue Foch avec les militants avant de regagner son cabinet. Un café réparateur. Il engloutit la petite barre de chocolat qui l'accompagne. Il sourit : « C'est mon meilleur ennemi. »
Joël BIGORGNE.
Circulation
Benoît Blineau : « J'opte pour des transports gratuits. Il faudra faire des économies partout, jusqu'aux galettes des rois. »
Sophie Jozan : « Il faut diminuer les tarifs, sans tomber dans la gratuité, qui est la condamnation du transport en site propre, lequel exige des investissements importants.
Jean-Marc Ayrault : « La gratuité, c'est 30 % de fiscalité en plus. Mais je suis prêt à améliorer certains tarifs. »
Environnement
B.B. : « La pollution à Nantes fait 400 morts par an. »
Aéroport
J.-M. A. « L'aéroport de Notre-Dame-des-Landes n'est pas un projet personnel, mais un projet commun à la Loire-Atlantique et à l'Ille-et-Vilaine. Je rappelle les risques que comporte le survol de Nantes. Tout à l'heure, j'ai vu un avion descendre, on aurait dit qu'il atterrissait sur France 3. »
B.B. : « Les accidents d'avion ont le plus souvent lieu à 20 km des aéroports. En décollant à Notre-Dame-des-Landes, les avions vont tomber sur Donges. »
Logement
S.J. : « Il y a 13 000 demandes de logements HLM non-satisfaits. Et les nouveaux logements de l'île de Nantes sont maintenant inaccessibles aux classes moyennes, parce qu'ils ont été confiés à des constructeurs qui les financent à 4 000 €/m2. »
J.M.A. : « L'étalement urbain est la responsabilité de toutes les communes qui privilégient les grandes villas. Mon projet est de construire encore plus pour les catégories populaires et moyennes. Sur certains quartiers comme Erdre et Bottière, je veux 40 % à 50 % de logements sous le prix du marché. »
Culture
B.B. : « Je propose des petites vitrines d'exposition dans les rues, les kiosques, les arrêts de tram pour les artistes locaux. »
S.J. : « La culture à Nantes, c'est comme la chanson préférée de M. Ayrault : Les copains d'abord. »
Sports
B.B. « Nantes n'a aucun club dans l'élite dans les 30 sports importants. Nous manquons d'une piscine olympique, d'un vélodrome, d'un stade couvert. »
S.J. : « On ne va pas construire un autre stade de la Beaujoire. »
Recueilli par
Daniel MORVAN.